samedi 19 mars 2011

"Les jeux de l'amour et du hasard"

Une histoire d'amour, lorsqu'elle démarre, se vit sur le mode de la magie et de l'enchantement. On aimerait croire qu'elle est toujours unique et mystérieuse. Pourtant à y regarder de plus près, l'amour comme la plupart des sentiments, a aussi ses lois, ses règles du jeu: hasard? Stratégie?

Pour Florence Enhuel, professeur de philosophie et psychotérapeute, l'amour est une affaire légère, un amusement jusqu'au moment où le jeu peut faire basculer dans le sérieux, dans du drame.Un attachement peut arriver à tout moment et cela c'est le hasard. Car l'amour nous prend dans ce qu'on a de plus fragile: l'attente de l'autre relève de la construction de l'un/de l'autre.Dès lors l'amour n'est plus un jeu car on ne joue pas avec les gens et on prend des risques (jusqu'au sacrifice de l'un/de l'autre?).

Aujourd'hui, ces risques seraient plus calculés car l'amour "moderne" semble plus lége: l'Internet, les textos, les mails puis le téléphone...utilisation en crescendo: les rencontres sur le net puis on passe très vite au texto puis très vite au mail puis très vite au téléphone puis très vite on se rencontre.Ces outils font naître des amours plus "raisonnables" qui aident à supporter le quotidien, les contraintes sociales au même titre que n'importe quel autre loisir.Une relation commence vite et finit tout aussi vite.Les partenaires de jeu de cet amour "moderne" partagent un plaisir et s'interdisent de faire des projets.Le jeu de l'amour est dangereux,cruel car il semble qu'il y est toujours un perdant/un gagnant.L'amour "moderne" semble avoir résolu cette question.A ce jeu là,on ne risque pas l'essentiel: sa liberté et ni même sa responsabilité.

Et si Florence Enhuel avait raison? Et si ce n'était pas l'amour le plus important, si c'était le cheminement de soi, le rapport de soi à soi?
Certes de tout temps,on cherche l'amour parce qu'on n'est pas capable de vivre sans dépendance affective. Et si on se trompait sur la manière d'y arriver? Pour Florence Ehnuel,il ne faut pas mettre tout sur l'autre,pour garder une liberté; aimer,ce n'est pas être dans le manque de l'autre.Le jeu de l'amour doit être un équilibre.
Un bon amour doit être un bon jeu,attrayant,où chacun y trouve du plaisir,un jeu qui pousse à sortir des choses de soi qu'on ne soupçonne pas,un jeu qui force à acquérir quelque chose de nouveau.Il doit être "énergétigène" et non "énergétivore".

Et si le jeu de l'amour était bien un jeu de hasard et cependant un jeu de construction dont les fondations seraient en constante rénovation?

Sylvie Lacoste

Article publié dans le cadre du Cycle 2011 des Conférences du Centre culturel du Hâ 32, février 2011

dimanche 2 janvier 2011

L'Art en jeu ou comment l'Art occidental (XVIème / XXème siècle) est un jeu...(*)

C'est dans l'Italie de la Renaissance que l'artiste (peintre, sculpteur, architecte) est reconnu comme un homme de savoir et de savoir-faire. Il n'est plus un simple artisan, il est considéré comme un créateur. Peinture, sculpture et architecture deviennent des arts libéraux enseignés dans les universités.
Un nouveau marché s'ouvre à côté de celui des institutions religieuses, un nouveau genre de commanditaires collectionneurs favorise l'affirmation de cette nouvelle identité de l'artiste. Soutenus par d'illustres et riches familles (les Médicis pour ne citer qu'eux), les artistes gagnent en liberté et donnent naisssance à un nouveau système d'appréciation. Leurs créations deviennent des objets de contemplation, de désir, de plaisir.

Dès lors entre Art et jeu, de féconds rapports s'établissent. Comme le jeu, l'Art fonctionne à partir de règles et de dispositifs, d'exercices et d'interprétations.

Trois contrats définissent une oeuvre-d'art. Le premier entre l'artiste et le commanditaire: le sujet de l'oeuvre est fixé et correspond à un désir, à une attente du commanditaire et le tout devant notaire! Le deuxième contrat établit implicitement un lien entre le spectateur et l'oeuvre: celui-ci doit être un spectacle et nous devons en être spectateur. Et le troisième est celui qui relie l'artiste à son oeuvre: construire et réaliser son projet artistique.

Voilà pour la théorie !
Car ses trois contrats, ces trois règles (du jeu...) sont souvent faits pour ne pas être respectés! Les règles sont détournées par l'artiste et c'est un fait, il s'amuse ! L'artiste ne respecte pas la volonté du commanditaire; de spectacle, l'oeuvre devient "spectatrice" et le spectateur devient "spectacle" pour l'oeuvre...ENONCIATION (du projet) / TRANSGRESSION (de ce même projet), c'est de ce jeu que procède l'Art:

                               OEUVRE D'ART = ENONCIATION + TRANSGRESSION

L'artiste joue avec le réel, il déjoue la réalité et parfois il n'est plus maître du jeu...

Denis Favennec nous a offert un beau spectacle d'une dizaine d'oeuvres connues et parfois même nous avons été "en spectacle" sous les yeux d'Innocent X (Velasquez 1650)























"Jeux d'Enfants" par Bruegel l'Ancien (1560) où les jeux d'enfants débordent leur espace pour emporter avec eux les adultes...Notre action, notre vie est soumise à l'aléa du Jeu...












la "Chambre des Epoux" ou glorification des Gonzague par Mantegna (1470/1480) commanditée par le Marquis de Mantoue où scènes de cour (chasse, réception) montrent un sens caché des realtions politiques/diplomatiques du temps que les Gonzagues eux-mêmes doivent déchiffrer, avec son oculus en trompe-l'oeil et les putti qui se jouent de nous...



Ou encore Giulio Romano, toujours pour les Gonzagues, peintre et architecte du Palais du Té (1527/1534) avec la "Salle des Géants" où la peinture dégouline, envahit tous les murs...












La liste n'est pas exhaustive..pour expliquer que l'artiste joue...à tromper l'oeil ! Et je ne saurai résister à vous inviter à voir "Le Tableau Retourné" de Gysbrechts (1670): le tableau est dans le tableau, tout à disparu...il n'y a plus que nous en face d'un tableau !

Sylvie Lacoste

(*) Conférence de Denis Favennec, professeur de mathématiques spéciales au Lycée Montaigne à Bordeaux et Docteur en histoire de l'Art.

vendredi 3 décembre 2010

"Des robots qui apprennent comme des enfants en jouant..." ou comment rendre un robot curieux (*).

Mais qui a eu cette idée folle??!!! Non ce n'est pas Charlemagne!

Pierre-Yves Oudeyer est venu partager un peu de science avec le grand public et je peux vous assurer qu'il doit bien s'amuser!
Diplômé de l'ENS de Lyon, il s'intéresse à la question du langage chez les robots.
Un robot peut-il apprendre comme un enfant?
Difficile d'y croire. Avec la robotique développementale et sociale, c'est possible. Oui cela existe!

A Bordeaux depuis trois ans, P-Y Oudeyer est responsable de l'équipe qui travaille sur le projet "Flowers" à l'INRIA (**).
L'objectif central est de construire une machine, un robot capable d'apprendre par lui-même, par l'intermédiaire des humains comme "Monsieur Tout Le Monde".
Pas comme nos bonnes vieilles machines à laver en tout genre qui sont bien des robots mais sans cerveau!

Comment y arriver? En s'inspirant d'un enfant, de sa manière d'apprendre. P-Y Oudeyer fait appel pour ce faire à d'autres sciences que celle des mathématiques appliquées: psychologie développementale, la linguistique et les neurosciences.

Qu'est-ce qu'un robot? C'est une machine dotée de capteurs qui lui permettent de percevoir son environnement, de moteurs qui lui permettent de bouger et d'agir sur ce même environnement et d'un système électronique, informatique qui contrôle ce que fait le robot en fonction de ce qu'il perçoit.

Sacré défit que de transformer le "langage/verbe" humain en modèles mathématiques et les intégrer dans un robot pour lui apprendre à parler, à interagir avec les autres, à utiliser son corps pour manipuler des objets, à apprendre à contrôler son corps inconnu et changeant! Sans que le scientifique-créateur lui donne tous les outils! Laisser au robot une part de curiosité et donc de créativité.

L'enfant apprend et étend ses capacités par l'inné et l'acquis mais un problème se pose: celui de la contrainte du temps et de l'espace. Un enfant n'arrive pas tout à apprendre ne serait-ce que par manque de temps: être sportif de haut niveau, çà se travaille! Et bien il en va de même pour le robot.
D'où le défit central pour P-Y Oudeyer et son équipe: comprendre et trouver les équilibres entre les contraintes innées et les mécanismes de plasticité du robot.

En linguistique cognitive, ce qui est important pour un cerveau c'est ce qu'on peut faire avec les objets, quel est leur sens; il faut donc apprendre à manipuler ces objets par l'exploration.
Le scientifique va ainsi accompagner le robot dans son apprentissage, va susciter son attention, va éveiller sa curiosité, son plaisir: démonstration/imitation.

Et comment? Par le jeu!!!!
Dans quel but? "Humaniser les machines plutôt que machiniser les hommes" afin de développer les technologies d'assistance et d'accompagnement de la personne.

Un constat: ces robots s'humanisent, se naturalisent effectivement...des chiens, un petit d'homme...pour ma part cela m'interpelle d'autant que si vous vous souvenez l'idée des ingénieurs est de rendre possible par leur non-intervention technique une part de créativité donc une part d'initiative à ces machines...Et si elles dépassaient toutes les espérances et si l'homme ne pouvait plus les maîtriser ??? Science-fiction ou pas ???

Je vous invite à consulter deux sites, certes en anglais,
mais des vidéos très amusantes!

Sylvie Lacoste

(*) Article publié dans le journal de l'ERF.

(**)INRIA: Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique